Régine Schumann

 

 

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Clair couleur

Les remarquables qualités esthétiques du travail de Régine Schumann s’expliquent par l’interaction de la couleur, la lumière, l’espace et la matière. Dans sa production l’artiste utilise presque exclusivement des matériaux qui s’illuminent par eux-mêmes, dès qu’ils sont exposés à l’énergie lumineuse. Le verre acrylique fluorescent est son matériau de prédilection, mais au cours des dernières années, elle a également employé le pigment actif à l’UV, le papier et la corde plastique pour produire de frappantes oeuvres individuelles et des installations in-situ.

Dans ses oeuvres, Régine Schumann combine la couleur avec les possibilités de design offertes par la lumière. En temps normal, la lumière du jour donne à ses espaces un éclat particulièrement vif. Toutefois, dans une salle peu éclairée, ces derniers révèlent tout leur potentiel de beauté et de luminosité. Les rayons ultraviolets agissent sur les matériaux fluorescents, générant ainsi une lumière qui confère aux oeuvres d’art des formes d’une extraordinaire sensualité. Régine Schumann approche la composition de ses objets en verre acrylique selon les principes picturaux, avec son sens très assuré de la couleur et de la compréhension de ses effets.Elle crée de nouvelles combinaisons à travers la juxtaposition et la superposition des surfaces.

Enfin ce charme qui caractérise son travail s’explique par la dualité et la complexité de leurs différentes qualités, par cette sensation d’un « effet calculé », accompagné de phénomènes optiques, et de reflets, que l’on peut apercevoir, pour peu que l’on soit attentif.

Régine Schumann a reçu de nombreuses distinctions en Europe et aux États-Unis, où son travail est régulièrement exposé. Ses oeuvres font parties de nombreuses collections publiques et privées. Elle vit et travaille à Cologne.

 

 

Un entretien avec Régine Schumann

 

Espaces de couleurs et architecture

 

L’architecture est le point de départ de l’oeuvre de Regine Schumann, artiste née à Goslar et vivant à Cologne. L’espace stimule et définit toutes ses réflexions sur la couleur, la forme et la lumière. La mise en scène de ses travaux exposés actuellement à Unna, Connect, Back to Back et Jump!, réunis en un concept artistique global est associée à des éléments créatifs tels que la danse et la récitation.

Combien de temps le processus de création d’une installation comme Jump! dure-t-il ?

D’une manière générale, il n’y a pas de règles définies en ce qui concerne la durée du processus de création. Une idée peut naître rapidement et spontanément ou, au contraire, se concrétiser au terme d’une phase d’évolution qui s’étale sur plusieurs mois. D’une manière générale, la création de mes objets requiert entre 2 et 6 mois. L’installation sur place par mon équipe de montage ne nécessite par contre que quelques jours car j’élabore des plans exacts de l’espace et détermine à l’avance les différentes positions, dans lesquelles ces objets sont placés ou suspendus.

Avec quelles personnes travaillez-vous ?
En premier lieu avec mon partenaire à la ville, l‘acteur espagnol Carlos Garcia Piedra. En tant que couple d’artistes, nous ne planifions et aménageons pas seulement notre quotidien. En 2011, nous avons créé le groupe « nachtigall:reaction ». Nous élaborons ensemble des concepts qui donnent naissance à une oeuvre d’art globale. Mes installations sont complétées par les travaux acoustiques d’Achim Mohné, la performance de danse expérimentale de Rick Kam et Rebecca Jefferson ainsi que par la récitation de poèmes de Michel Houellebecq ou d’autres par Carlos Garcia Piedra. Quelques travailleurs indépendants collaborent avec moi dans le cadre de certains projets à l‘atelier ou me fournissent leur assistance dans la réalisation d’expositions et de commandes sur place. J’entretiens par ailleurs une collaboration intensive depuis plusieurs années avec les galeries d’art qui me représentent dans le monde entier. Mes travaux récents sont régulièrement exposés dans leurs locaux et dans des lieux d’exposition nationaux et internationaux de même que dans des foires. Je ne voudrais pas omettre de mentionner bien sûr les nombreuses personnes qui fabriquent et transforment les matériaux en matière plastique que j’utilise, emballent mes oeuvres avec moi et les expédient. Les entretiens enrichissants avec les critiques, les commissaires d’exposition, collectionneurs et amis, qui sont toujours pour moi une source d’inspiration, parachèvent cette collaboration artistique.

Vos installations modifient-elles la réalité de l’espace ou lui donnent-elles une nouvelle dimension en la plaçant sous un jour plus esthétique ?
Mes travaux enrichissent l’espace architectural d’espaces de couleurs lumineux avec les degrés de « température chromatique » les plus divers. Ma façon de combiner des verres colorés fluorescents produit un scintillement de couleurs comparable aux impressions lumineuses créées par l’espace naturel et par les atmosphères particulières que celui-ci produit. La lumière noire montée au plafond du centre d‘exposition « Lichtkunstzentrum » favorise l’émergence d’un espace de couleurs oscillant où la couleur scintille sur les côtés et vers le haut dans des tons bleu, turquoise, rose et rouge. Les plaques colorées transparentes de l‘installation « jump » accentuent particulièrement les angles qui paraissent comme suspendus dans l’air, semblables à des lignes lumineuses formant des méandres à travers l’espace.

« Les atmosphères ne constituent pas un effet décoratif dans l’oeuvre mais traduisent une réalité propre qui reflète la lumière, réalité issue de l’enchevêtrement et de la simultanéité de la lumière visible et invisible. Les illuminations ne naissent pas du néant, mais de quelques moments lumineux. C’est dans ces moments que notre sensibilité pour l’éclat des choses et leur perception est éveillée et qu’elle nous rappelle peut-être leur existence [...] » – Jan Hoet C’est bien de cela qu’il s’agit pour moi : de ces effets de lumière colorée presque indescriptibles produits par l‘éclairage, le reflet, le scintillement, la pénétration et la brillance dans l‘espace, qui accaparent l’observateur. Dans le cadre de mon travail, les aspects empathiques et sublimes de l’art lumineux sont associés aux géométries des corps dans l’espace. Entre les deux extrêmes – le champ de couleur matérialisé de peintres tels que Mark Rothko et Barnett Newman et l’espace de lumière coloré immatériel et dépourvu de limites de James Turell – les possibilités sont nombreuses. La matière qui compose le verre acrylique coloré et fluorescent joue ici un rôle majeur : le matériau que j’utilise brille dès qu’on lui applique de l’énergie lumineuse, que ce soit sous forme de lumière naturelle ou artificielle. Les plaques de couleurs différentes produisent, suivant le lieu, un passage, une superposition, un mélange, une sélection, une présentation, une dissimulation, un scintillement, un quadrillage, un filtrage de la lumière. Ce découpage oscillant de la lumière colorée fluorescente embellit et élargit à la fois l’espace donné, tout en le modifiant et en le manipulant.

Hormis pour la réalisation des croquis de conception de vos installations, utilisez-vous encore volontiers le papier et le crayon ou encore le pinceau et la toile ?
Je n’utilise ni toile ni pinceau mais le papier, le crayon et toutes sortes couleurs régulièrement, oui. En ce moment, je les utilise de préférence en association avec des couleurs aérosols fluorescentes. Il en résulte des oeuvres à part entière qui développent la magie qui les caractérisent, tout particulièrement sous la lumière noire.

Testez-vous de nouveaux matériaux à l’heure actuelle ?
Oui, je ressens une curiosité constante qui me pousse à rechercher de nouvelles possibilités inédites, que ce soit dans le domaine de la fabrication de la matière plastique ou dans la sélection conséquente d’autres types matériaux que je teste alors. A l’heure actuelle, je m’initie au verre et au cuivre. Nous verrons ce qu’il en ressortira.

Y a-t-il un espace / un lieu pour vous dans lequel vous aimeriez bien « faire jaillir la lumière dans l’obscurité » ou mettre en scène « le jeu des couleurs » ?
« Faire jaillir la lumière dans l’obscurité »… il y a beaucoup de bons endroits qui me viennent à l’esprit. Le centre d’exposition international « Lichtkunstzentrum » d’Unna, unique en son genre, en fait en tous cas partie ! Les halls des turbines du musée Tate Modern de London sont aussi fantastiques pour y concevoir une installation accompagnée d’une performance ! La lumière et la couleur – voilà aussi un thème d’envergure au Museum of Fine Arts de Houston ou à la Fondation Chinati créée par Donald Judd à Marfa, au Texas : des lieux dont il émane pour moi un esprit particulier. L’un de mes autres endroits préférés dans le monde des musées est le musée diocésain de l’archevêché de Cologne, Kolumba. Dans ce musée, la transformation de l’espace sous l’influence de la lumière et de la couleur, semblable à celle d’un caméléon, est palpable car l’éclairage naturel y est très subtil. C’est ce qui, pour moi, est extraordinaire ; le musée Kolumba serait un espace génial pour mes travaux fluorescents. Un endroit exceptionnel pour faire jaillir la lumière dans l‘obscurité, est l’ancienne mine d’argent de Rammelsberg à Goslar qui est inscrite au Patrimoine mondial de l’Humanité ; il en va de même pour l’ancien puit de mine « Zeche Zollverein » à Essen. Je prévois de réaliser un grand projet pour Goslar, en collaboration avec notre groupe d‘artistes « nachtigall:reaction », avec des installations, des performances et du théâtre. Je suis originaire d’une famille de mineurs et cet endroit occupe une place toute particulière dans ma biographie..

Entretien : Sophia Reitzig

 

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